Petit sac

Extrait des écrits de Slovénie – Novembre 2021

Ce sont les vibrations du moteur du bus qui nous emmène à Zadar qui m’ont permis de dessiner cette sorte de nature morte. Ces quelques morceaux d’images rapiécées ensemble sont ce qui jaillit pour évoquer cette longue marche en partageant un petit morceau du chemin de celles et ceux qui fuient leur pays pour l’Europe.

Dessin représentant un sac à dos dans une forêt. Récit de la marche à travers la Slovénie de Kozina à la Croatie.

Petit sac, feutre fin, vibrations du moteur sur papier – 13 novembre 2021

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Devant rallier la frontière Croate depuis la petite ville Slovène de Kozina, située à la frontière avec l’Italie, nous avons marché quarante kilomètres dans les prairies et les forêts qui s’endormaient en ce mois de novembre. Les paysages aux reliefs collinéens, ponctués de dolines, – grands cratères qui s’enfoncent dans les prairies – et de forêts aux sous-bois accidentés sont ceux que traversent les émigrants venus de loin pour rejoindre l’Europe. Nous les avons parcouru par les mêmes sentiers. Nous avons croisé la route des policiers Slovènes à maintes reprises, nous contrôlant parfois dans les bois au détour d’un fourré mais nous avons surtout éprouvé la difficulté de cette marche et avons senti l’atmosphère pesante de ces bois silencieux, le poids de toutes les histoires de ces personnes en transit, pourvues d’un seul petit sac qui demeurerait au font de la forêt si la police aux frontières les trouvait. 

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Au départ de Trieste, nous avions été mis en garde par Frederico des contrôles fréquents, de la violence de la police des prochains pays, et des routes qui seraient dures. 

Elles le furent, bien que nous les avons parcourues équipés, en sachant que nous arriverions quelques part, et fort du privilège d’avoir des papiers Français. Il est déstabilisant de parcourir des chemins de détresse parce qu’on l’a choisi, de ressentir la brutalité de nos sociétés à la vue d’affaires abandonnées, sans la vivre.



Ces chemins laissent un souvenir marqué par les paysages qu’ils traversaient. Il plongeaient dans l’hiver en emportant avec eux toutes ces reliques: débris de tentes et de couvertures de survie qui nous disaient la souffrance de millions de personnes. Elles laissent aussi le goût amer de la réalité de ce monde, violent et dénué de justice ainsi qu’une certaine mélancolie.

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