(Notes issues de mon carnet de route)
Harmanli est assise sur un pli au creux duquel coule une petite rivière. Je me souviens de la première fois que je l’ai vue. De Hashkovo, la route surplombe le village avant d’y pénétrer. La vue est magnifique. La tâche de bâti s’inscrit dans un paysage plus large légèrement vallonné et qui, en se début d’été, déjà, blondi.
Mardi 17 juin 2025, 16h05, Harmanli, Bulgarie
Je jette un oeil à ma droite. Par la fenêtre, la terrasse du restaurant en arrière plan de laquelle les passants et les passantes vont. Iels donnent du rythme à une scène de rue banale, faite d’allés et venues.
Les serveur.euse.s nous dévisagent un peu.
Nous n’avons pas touché à ce qu’iels nous ont servit et personne ne comprends pourquoi. Alors que la table est débarrassée depuis un certain temps maintenant, nous restons ici, à nous abrutir au son d’une terrible electro commerciale feutrée, sans âme. J’avale une ou deux gorgés de ma Moretti. Je sais que ça n’est pas idéal mais je crois que l’éthanol m’aide un peu à gérer le stress que la situation nous impose.
Dimanche 29 juin 2025, 22h37, Harmanli
J’écris depuis mon lit.
J’écris depuis Harmanli.
Depuis les tristes facettes du pays qu’est la Bulgarie.
Je ne sais plus quand nous y sommes entrés pour la première fois.
C’était à Vidin. Je m’en souviens.
Et me voilà à noircir les pages de ce carnet, une nouvelle fois, après tant d’autre, bien que depuis quelques semaines déjà, je ne trouve plus l’énergie pour dire.
Pour dire il faut du temps et ce temps je le consacre à tenter de comprendre.
La colère ne m’habite pas. Pas encore.
La gravité a trouvé en moi un royaume. Ça oui. Les récits de violence et d’oppression raisonnent en moi, comme le glas au dessus des toits, les jours de deuil. Et la tristesse me gagne parfois. La violence m’attriste, mais elle m’oblige. Je ne veux pas rien faire. Celleux que je rencontre pourrait être mes soeurs et mes frères. Iels le sont au fond.
Quant à la tristesse elle sait me gagner et je la reconnais quand elle m’habite. Je ne peux pas dire que je suis son souverain mais je ne lui offre que ce qu’il faut de place pour qu’elle s’exprime sans m’emporter sur d’autres chemins. Ici, elle n’est d’aucune utilité de toute façon.
Je suis reconnaissant envers les personnes que je rencontre.
Dimanche 20 Juillet 2025, 16h42, Harmanli
La mélancolie m’a invitée à danser ce matin et nous tournoyons ensemble depuis quelques heures déjà. La complainte de mes musiques les plus tristes nous donne le rythme. Dans le tournoiement je revois les moments passés ici, et les personnes qui ont été mes camarades dans cette bulle triste et belle.
Je suis repassé parfois par la route du premier jour mais je ne me suis jamais échappé d’Harmanli à compté du jour où j’y ai mis les pieds.
Demain je tendrai le pouce à la suite, et percerai cette bulle. Je tomberai. De pas trop haut j’espère. Mes amis me rattraperont. Je ne m’en fais pas trop. ça fait quelque mois maintenant que je suis loin. J’ai appris à avoir les jambes solides même quand la terre se dérobe doucement sous mes pieds.
Du moins je crois.
Je ne sais pas bien quelle température il fait mais les goutes de transpiration ruissèlent dans mon dos. Le stylo glisse si bien sur le papier que mon écriture s’en trouve confuse.
***
Mon amie Élia me manque.
François me manque.
Vincent me manque.
Ma maman et mon papa me manquent.
Dédé me manque mais pour lui ça va être compliqué parce qu’il habite plus sur la terre.
Mes soeurs et mes amis me manquent.
Les paysages de mon enfance me manquent.

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