Présentations

Trois pas de trop.

Il y a quelques années, je suis revenu à mon école une dernière fois, pour la revoir, l’entendre, et sentir le doux parfum de l’enfance, de l’insouciance, et des cahiers. J’ai revu dans ces lieux la grande cour bordée d’arbres, les grilles qui s’ouvraient sur un horizon de pavillons et de champs, le gravier sur le sol, les cabanes, et les deux grands préaux parés de leur fresques peintes. Avec le temps, une tendresse silencieuse s’est installée à l’égard de ces lieux remplaçant l’intrépidité, et le goût des histoires et de l’aventure d’antan. Je ne sais pas quand l’enfance nous quitte. Peut-être ne nous quitte-t-elle jamais vraiment. Peut-être existe t-il tout de même un moment; une suite de pas de trop, qui nous poussent hors d’un monde pour qu’un nouveau nous apparaisse.

Je ne sais plus quand cela est arrivé mais un pas après l’autre mon enfance s’en est allée et avec elle peut-être un peu de naïveté. Il me semble que j’en ai gardé quelques bribes qui marquent mon identité. Parmi celle-ci l’imagination que je nourris autant que possible. Elle m’apparait fragile et fugace mais je ne la laisserai pas me quitter. Je lui parlerait et la rassasierai d’absurde, d’image et de récits pluriels et je traduirai tout ce qu’elle me murmurera.

Il y a encore le dessin. Je me revois couché sur le carrelage de la maison à dessiner sur quelques feuilles volantes des dragons cracheurs de feu, et des châteaux en haut de collines pointues. Je suis désormais à mon bureau alors que j’écris ces mots. à coté de moi, des crayons de couleur, toujours; un peu d’aquarelle et mon carnet. Les choses n’ont pas tant changées.

Enfin, j’ai beaucoup rêvé d’être un aventurier. De parcourir les forêts, d’y vivre caché. de connaitre plantes et animaux, et de me mouvoir ainsi à l’abri de la vaste société, de ses villes et de ses obligations. Les bords de Loire à la Chaussée, était le lieu de mon ermitage journalier. 

J’ai conservé ces désirs. Mes mains sont aujourd’hui mes outils. Si je ne dessine pas, je construis des cabanes. Quand je ne construit pas de cabanes, je cultive la terre et imagine ce que je dessinerai l’heure d’après.

Mon existence est politique

Ayant conscience de la dimension politique de mon existence, comme toute existence, je pars en connaissance des privilèges qui sont les miens, étant un homme blanc hétérosexuel et né en France. Je veux regarder à la loupe quels sont ces privilèges qui me permette d’entreprendre de partir sur les routes pour dessiner sans craintes, ni barrières quand la grande majorité des peuples de ce monde travail dure quotidiennement pour manger, boire et dormir. J’entends par là proposer une lecture de ces marqueurs de différences sociales, qui nourrissent les inégalités. Je voudrais le faire avec humilité.

J’ai en mémoire le fronton de l’hôtel du département de Haute-Garonne ou est inscrit l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen «Tout le monde nait libre et égaux en droits». Il n’en est rien.

Mon ami Lucas.

Je ne pars pas seul. J’ai tendance à souvent évoquer la perspective de cette mise en mouvement à la première personne car nous ne partons chercher les mêmes choses mais, nous partons tous les deux.
On a déjà pas mal battus les pavés ensembles en stop notamment, à travers la France et jusque dans les Balkans durant l’hiver 2021-2022, et quand je dois présenter Lucas comme je dois le faire maintenant, je dirai qu’on est bien différent mais que c’est dans l’effort et sur les routes qu’émane toute la force et la richesse de notre amitié.

Mon voyage est un enfantillage.

J’ai décidé de partir sur les routes, pour un certain temps, ou bien pour un temps incertain plutôt. Cette mise en mouvement reflète tout ces désirs enfantins  -d’autant plus que je pars avec un ami d’enfance-.

Elle répond peut-être plus fort de la volonté de s’adresser aux enfants de ce monde, à ceux qui ne marchent pas encore ou à ceux qui ont fait un ou deux pas de trop hors de l’enfance, pour leur témoigner de récit vécus et inventés, avec mille couleurs qui parlent de la beauté du monde, de ces mythes, de la diversité des personnes qui l’habitent mais aussi de sa rudesse et de ses part sombres.

J’ai longtemps hésité à ne pas partir tant cette mise en mouvement privilégiée me paraissait absurde en comparaison à ces milliers de personnes qui traversent les mers par désespoir ou à ces millions d’autres qui travaillent sans relâche mais j’ai conclu avec le temps qu’il serait indécent de refuser d’entreprendre ce qu’il m’est offert de vivre et ce que tout un chacun rêverai de faire si il ou elle le pouvait. 

Alors je pars en me promettant de rester juste et de faire vivre à travers mes dessins tous les constats et réflexions qui m’habitent et qui viendront au fil de la route. Je tenterai avec humilité de chercher les crayons à la main ces inégalités et ces injustices qui peupleront les abords des chemins que je prendrai.

Quand les silences permettent de se comprendre aussi bien qu’avec les mots et quand l’un fatiguant, l’autre dans son inconscient trouve la force de prendre le relai pour tenir le cap, en sachant qu’il en sera de même dans l’autre sens, les conditions de ces pérégrinations en son nettement améliorées.
Je pars avec la joie de me retrouver de nouveau sur les routes avec mon ami et chargé de la confiance que je lui porte. 

Lucas est à droite et je suis à gauche. Nous sommes au col du Grand St Bernard (Alt. 2469m) en Suisse en octobre 2021

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